claudine chamoreau celia cnrs linguiste purepecha

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Mon itinéraire


Discussion avec Sr. Remijio Francisco à Cocochucho, 2006

Depuis 1991, je m’intéresse aux langues parlées au Mexique et de façon plus particulière au purepecha. C’est une langue connue aussi sous le nom de tarasque, elle est génétiquement isolée et est parlée par plus de 120000 personnes, essentiellement dans l’état du Michoacán.

Après mettre atteler à décrire les particularités syntaxiques de cette langue, j’ai orienté mes recherches dans trois directions particulières.

En premier lieu, j’ai affiné certaines caractéristiques particulières en les situant dans une démarche fonctionnelle typologique qui me semble nécessaire. La démarche fonctionnelle typologique n’est pas en soi un modèle explicatif, mais elle permet de comparer des faits linguistiques à diverses échelles et vise à établir des corrélations et des échelles implicatives entre divers phénomènes par le biais de la description, de la comparaison et de la classification des langues. Je m’intéresse plus spécifiquement aux méthodes et questions théoriques qu’elle pose. Depuis quelques années, mes travaux s’inscrivent dans cette perspective, j’ai ainsi étudié des domaines linguistiques particuliers, tels les personnels, les objets des verbes ditransitifs, les repérages spatio-temporels, les antipassives dans les langues accusatives, les structures permettant d’exprimer la comparaison et les structures complétives. Cette direction m’amène à ouvrir mes recherches à d’autres langues parlées au Mexique, en particulier des langues méso-américaines (voir le programme de recherche international intitulé « Complexité syntaxique et diversité typologique »).

En second lieu, mon travail sur le terrain m’a obligé à rendre compte des faits d’évolution linguistique, dans une approche alliant changements internes et changements induits par le contact linguistiques. Les locuteurs de purepecha étant pour la plupart bilingues et la langue purepecha étant en contact depuis des siècles avec d’autres langues méso-américaines et depuis près de cinq siècles avec l’espagnol, l’approche en synchronie dynamique se devait de s’alimenter des travaux sur le contact linguistique. Mon parcours scientifique ne pouvait que s’enrichir des recherches dans le domaine des contacts de langues qui ont été une importante source d’inspiration. Toutefois, mon approche des faits linguistiques a toujours révélé la nécessité de ne pas tracer de limites : ni entre variations et changements, souscrivant à une approche en synchronie dynamique, ni entre changements internes et conséquences du contact de langues, adoptant une approche introduite par Meillet pour qui l’évolution des structures grammaticales était motivée par ces deux types de processus. J’ai ainsi étudié l’évolution de la prédication attributive, des constructions passives et des marquages adpositionnels. Cette perspective s’enrichit au sein d’un programme de recherche international « Dynamique et changement dans les langues parlées en Amérique. Une approche typologique ».

En troisième lieu, ce cheminement intellectuel, qui m’a conduit à prendre en compte l’évolution d’une langue dans une perspective typologique, m’a mené à proposer un programme de recherche alliant typologie, évolution linguistique (changements internes et conséquences du contact) et dialectologie. Mon objectif est de montrer la contribution de la typologie et de l’évolution linguistique à la dialectologie. Cette perspective nouvelle au niveau théorique montre comment s’articule ces trois domaines et comment la dialectologie peut s’enrichir grâce à la contribution de la typologie et de l’évolution linguistique (et vice-versa). Cette perspective est détaillé dans le programme de recherche intitulé : « Contribution de la typologie et du contact de langues à la dialectologie ».

 


Conversation entre deux femmes d’Ocumicho, 2004

En plus des recherches menées ci-dessus, ma conception de la recherche en linguistique donne une part importante à différentes activités complémentaires les unes des autres :

  • Travail de terrain
  • Collaborations et coopérations
  • Encadrement de la recherche : formation et enseignement
  • Diffusion du savoir
  • Restitution et partage du savoir auprès des communautés
  • Documentation des langues

 


Traversée du lac de Pátzcuaro pour aller travailler sur l’île d’Uranden